Semaine du 1 au 7 mars 2004

Le rattachisme, 7 épatant !

Tous les rattachistes se souviennent de Claude Eerdekens, député-bourgmestre d'Andenne, chef du groupe socialiste, et de sa mémorable intervention a la Chambre en 1996, quand, excédé par les propos nationalistes et séparatistes des libéraux flamands, il finit par exploser : " Si une majorité de Flamands pensent comme vous, alors les jours de ce pays sont comptés... Nous, wallons, sommes fiers de nous trouver à côté d'un grand pays comme la France. Si vous voulez que la France se trouve aux partes de Bruxelles, alors, allez-y ! " (1).

En 1999, il confirme ses convictions rattachistes dans sa réponse à une enquête du Mouvement Wallon pour le Retour à la France sur l'avenir institutionnel de la Belgique: " ... Le rattachement de la Wallonie et de Bruxelles (si les Bruxellois le souhaitent) à la France, sous une forme à déterminer; me parait être la meilleure ou la mains mauvaise des formules... Si nous devions être rattachés a la France, ma joie serait, a ce moment, difficile a dissimuler" (2).

Le dimanche 7 mars dernier, Claude Eerdekens était " l'invité de Pascal Vrebos sur RTL-TVI, après Ie journal télévisé de 13 h. Après des questions un peu débiles, dans le genre " quel genre de séducteur êtes-vous ? ", qui sont habituelles dans cette émission (grand public oblige), on en vient au jeu dans lequel P. Vrebos nomme une personne en vue et demande à son invité de lui attribuer une "cote sur 10" (3). Ainsi, Dieudonné se voit coté 0/10, Guy Verhofstadt: 7/10, une bonne cote, parce que, déclare Claude Eerdekens "c'est un homme sympathique qui aime la cuisine et le bon vin italien ". Puis vient la question:

P.V.: ... les rattachistes, donc les Wallons qui aimeraient être rattachés à la France?

C.E. : Je mets également 7/10.

P.V. : C'est une bonne cote! ?

C.E. : Ou parce que c'est une chose qu'on ne peut pas négliger à terme. Je reste belge; profondément belge, mais je ne sais pas de quoi demain sera fait. Imaginez qu'aux prochaines élections fédérales, Ie Vlaams Blok ait 50 % des voix en Flandre!

P.V. : C'est vrai qu'il y a un sondage inquiétant.

C.E. : II y a un sondage inquiétant. A Bruxelles, ce qui se passe est absolument sidérant !

P.V. : Et qu'est-ce qui se passe, alors ? Vous demandez Ie rattachement à la France?

C.E. : Mais non, si Ie Vlaams Blok atteignait la majorité des voix en Flandre, cela veut dire que la Belgique n’existe plus. II faut que les gens soient conscients de cela. Pour que la Belgique subsiste, il faut que les Flamands et le Wallons, les Francophones et les Flamands puissent vivre ensemble. Mais Ie Blok, c'est la République flamande, c’est la fin de la royauté, c'est la fin de la Belgique. II faut être conscient de cela! Les Bruxellois Francophones qui votent Vlaams Blok ne se rende pas compte de ce qu’ils pourraient causer ! C’est absolument stupide!

Les esprits chagrins trouveront peut-être que dans de tels propos, on peut trouver tout et son contraire. Soyons justes, ne reprochons pas a Claude Eerdekens sa prudence et sa modération. Ainsi, quand il déclare: "Je reste belge, profondément beIge", ne constate-t-il pas simplement le fait qu'il est, comme on dit, "d'ici ", comme en France, certains se déclarent Bretons ou Auvergnats ? Dans ce sens, ne peut-on se sentir à la fois belge et rattachiste? Pour faire court, ne serons-nous pas demain les « Belges de France"?

Quand il dit; « La victoire du Blok, c'est la fin de la Belgique, la fin de la royauté, c'est la République flamande » déplore-t-il ou feint-il de déplorer? Ou encore n'annonce-t-il pas le scénario final, à la suite d'une probable victoire du Blok en Flandre, voire même a Bruxelles ?

Ne boudons pas notre plaisir! Une cote 7, « une bonne cote » attribuée aux rattachistes sur RTL, un dimanche au journal de 13 h, a 3 mois des élections, par le chef du groupe PS a la Chambre, çà n'est pas rien ! On peut même se demander - on peut rêver! - si cette cote 7 n’annonce pas un virage a 180 degrés du PS, trop heureux de prétexte d'une victoire prochaine du Blok pour sortir, sans trop perdre la face, de la situation mensongère dans laquelle il s'est englué en matière communautaire depuis des années.

Le moins que l’on puisse dire, c'est que Claude Eerdekens a de la suite dans les idées, et qu'il reste fidèle à ses convictions. On ne peut pas en dire autant d’autres, à commencer par Jean-Claude Van Coué!

Merci, Claude Eerdekens!
(1) Cité par P.-H. Gendebien dans « Le Choix de fa France »page 117
(2) Dans Wallonie française, organe de diffusion du MWRF n° 33, avril 1999.
(3) Cote est ici employé dans le sens de note (appréciation chiffrée d'un travail, notamment scolaire.
(4) Cf. Wallonie-France, n° 46 de janvier/février 2003, « Une taupe dans le gouvernement wallon ».

Jacques DEHAES


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