Semaine du 8 au 14 mars 2004
Rendez-vous manqué à Louvain-la-Neuve
Rendez-vous manqué, mardi soir, à l'auditoire Socrate de Louvain-la-Neuve où quatre dirigeants des partis flamands tous fréquentables (le Vlaams Blok n'ayant pas été invité) s'étaient engagés à définir la position de la Flandre à la veille des scrutins de juin prochain. Acte courageux sans doute de franchir la frontière linguistique pour venir exposer en Wallonie -et cela en français, comme ils s'y étaient fermement engagés- les thèses d'autonomie de la Flandre, auxquelles la plupart de leurs auditeurs ne sont guère préparés. Le réveil risquait donc d'être assez brutal, avec au menu de la soirée, des discours bien orientés dans le sens d'un confédéralisme, lui-même synonyme d'un séparatisme qui n'ose à peine dire son nom et inspire tant de crainte aux représentants de nos partis traditionnels. Crainte que ne partage évidemment pas le RWF qui constate aujourd'hui, que ses options réunionistes sont revenues au centre de l'actualité.
Pourquoi les Karel De Gucht, Yves Leterme et Vera Dua ont-ils mangé leur parole, après avoir pris un engagement ferme, auprès des deux organisations estudiantines: le P'tit Echo et le Nederlandschot (la seconde ayant notamment pour objectif de promouvoir le néerlandais en Wallonie)? Sans doute, afin de ne pas donner des arguments en faveur du RWF et, du même coup, rendre plus suspects les autres partis qui restent toujours des suiveurs ou des alliés potentiels d'une éventuelle majorité? Peut-être est-ce même, sous la pression de ces derniers, qu'ils ont préféré s'abstenir, parce que cette confrontation de Louvain-la-Neuve pouvait devenir un événement politique de première dimension susceptible de perturber leurs préparatifs de campagne électorale.
Mais le motif de ce forfait tardif et si bien orchestré est sans doute beaucoup plus simple. Pourquoi provoquer un tel éclat en région wallonne où ces batteurs d'estrade ne comptent pas un seul électeur? Ne vaut-il mieux rester ensemble et jouer sur son propre terrain, lorsqu'on est d'accord sur la finalité et, que l'on a dans le dos, l'aiguillon du Vlaams Blok qui cartonne dans tous les sondages? On se retrouve ainsi parmi ses électeurs, en bénéficiant au surplus, d'une puissante caisse de résonance à travers des médias quasi unanimes.
Comme les trois mousquetaires, les trois orateurs précités étaient quatre au départ. Ce n'est qu' à l'heure où affluaient les premiers auditeurs de l'auditoire Socrate que l'on a appris que le quatrième et dernier à jeter le gant, Pascal Smet (SPA) ne serait pas non plus de la partie. Bien au regret des organisateurs qui allaient conclure par ces mots : "Ne voulant pas vous présenter une conférence au rabais avec des seconds couteaux...,nous avons été contraints d'annuler la réunion." Et d'ajouter: "Visiblement la communication avec les Wallons et les Bruxellois ne fait pas partie des priorités des partis néerlandophones. En tant qu'étudiants, nous avons appris quelque chose à nos dépens" Comme tous ceux d'ailleurs qui se sont déplacés en vain, sur la foi d'une annonce de journal.
Pierre Bary
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