Actualités

Semaine du 5 avril au 25 avril 2004

Nous sommes de retour

Nous voilà de retour après un problème technique, à présent résolu.

Beaucoup de choses se sont passées ces deux dernières semaines, l’actualité souffle le chaud et le froid.

Le cinéma fait autour du dépôt des listes des partis émergents à Namur où Christian Panier, Président du bureau électoral principal a montré - bien involontairement - l’incohérence peu démocratique du système belge.

Les cris de victoire et les analyses succinctes des médias francophones (on ne peut pas dire « de langue française » - c’est politiquement incorrect) suite à la condamnation d’ASBL liées au Vlaams Blok jusqu’en 2001. Un sondage préélectoral dans la « Gazet van Antwerpen » du 28.04 montre la progression du Blok (28 % !) et du CD&V-N-VA dans la province d’Anvers :




Les propos et les programmes de plus en plus flamands et revendicatifs des partis flamands lors de leurs congrès électoraux. Et les propos lénifiants des médias francophones (!) sur les mêmes sujets. Ils continuent inlassablement leur quête du « bon flamand » pour ne pas réveiller les électeurs des MR, PS, CDh et autre Ecolo.

La présentation des listes MR et PS en Brabant wallon: c’est « star academy », tout y est prévu, organisé pour que rien ne change, à part les têtes - coup de jeune, « surtout les filles »…).Vous avez vu leurs programmes ? L’essentiel pour eux ? C’est siéger à Namur !

A propos de « télé réalité », le procès d’Arlon continue à occuper l’essentiel des journaux parlé, télévisés et écrits. Les dysfonctionnements du système continuent à y être épinglés. Ceci dit, espérons sincèrement que la justice fera son devoir en mémoire des victimes.

Les Flamands, eux, ont de plus en plus confiance dans la police et la justice. C'est ce qui ressort des chiffres des indicateurs régionaux, dévoilés ce 26/4/2004 dans plusieurs journaux du Nord du pays. La réforme des institutions semble avoir joué un rôle, dans ce regain de confiance. Par contre, la cote de popularité du roi est en chute libre, auprès des Flamands. Elle s'élevait à 51 % en 2000. Deux ans plus tard, elle est retombée sous la barre des 40. Notez que le mariage de Philippe et Mathilde, en décembre 99, avait sans doute influencé les votes.

Pour en revenir à la politique, nous avons longtemps hésité à vous communiquer le document suivant. Il s’agit de la réaction d’un artiste - Juan d'Oultremont - que beaucoup connaissent grâce au « Jeu des dictionnaires ». Peu suspect d’adhérer à notre cause, l’auteur répond au « Chef de file gouvernemental » du MR. Lisez, c’est édifiant et révélateur de la désinvolture avec laquelle le parti de Louis Michel traite la Culture en général et les artistes en particulier.

Claude Thayse



Lettre de Juan d'Oultremont à Louis Michel :

"Monsieur le Président,

Vous avez déclaré lors de votre intervention sur les antennes de la RTBF de vendredi dernier, commentant le départ de Daniel Ducarme ceci, en réponse à une question du journaliste vous demandant si l’on pouvait encore à ce stade parler de négligence : « (...) Mais je pense que Daniel Ducarme, c'est Daniel Ducarme. C'est un homme plein de talents, plein de créativité. Il a un peu la négligence des artistes !

Ça n'excuse pas, bien entendu, mais ça permet de relativiser » (source : transcription écrite reprise sur le site de la RTBF, page « matin première » du vendredi 13 février).

Un peu de la négligence des artistes... qui en auraient donc encore bien plus ?

Au Président d’un parti qui vient d’envoyer son quatrième représentant au poste de Ministre des arts et des lettres, accompagné d’un quatrième cabinet sans doute, en trois ans à peine

À un parti qui a entériné que ce secteur pesait sans doute si peu qu’il suffît d’y envoyer un ministre intermittent, qui lui-même utilisera deux chefs de cabinet en six mois ;
À un parti dont le Ministre des Finances a omis de consulter le secteur avant de prendre un arrêté sur la fiscalisation des droits d’auteurs et des droits voisins, arrêté qu'il a eu la sagesse de vite retirer ;
À un parti qui laisse passer sans états d'âme un arrêté royal vidant la rémunération du prêt public de sa substance ;
À un parti qui a été totalement absent - si l'on excepte Armand De Decker (VLD) a posteriori - sur un débat crucial pour eux : le statut de l’artiste ;
À un parti qui n’aura pas été capable en quatre ans de mener à terme un décret-cadre sur les arts de la scène jugé par tous vital pour le secteur ;
À un parti dont le site Web affichait jusqu’il y a peu, à la page « enseignement et culture » : « il n’y a pas d’actualité dans ces domaines » ;
À un parti dont le Président omet de citer tout au long de cette interview les éventuels problèmes que pourrait poser la désignation de ce quatrième Ministre de la législature, au point que l’on peut se demander si Daniel Ducarme a bien démissionné de ce mandat-là aussi;
À un parti dont les errements sur le dossier du Théâtre National ont failli faire disparaître cette scène de référence pour laquelle la profession, avec une unanimité jamais vue s’est mobilisée;
À un parti responsable de tels errements, de telles négligences, d’un tel manque de sérieux dans sa gestion qu’ils ont conduit la profession à surmonter ses divisions pour se fédérer ;
À un parti comme celui-là, Monsieur le Président, les artistes répondent qu’il a fait preuve à leurs égards, et à l’égard des responsabilités qu’il lui incombait d’exercer pour la bonne marche de ce secteur depuis plusieurs années, bien plus que de négligence : d’irresponsabilité, d’arrogance, d’ ignorance.

Votre propos ne peut qu’être ressenti comme une insulte par tous ceux qui oeuvrent dans ce domaine : auteurs, cinéastes, musiciens de tous horizons, plasticiens, acteurs, techniciens, metteurs en scènes, chorégraphes ... Il confirme le bilan catastrophique de votre parti dans ce domaine auquel ont mené l’absence de vision politique, de cohérence et les coups médiatiques qui en ont tenu lieu. Essayons, chers collègues artistes, de faire preuve envers l’ONEM d’une toute petite part de la « négligence » de Monsieur Ducarme ... Essayons vis-à-vis de l’Onss, vis-à-vis de l’INASTI, vis-à-vis de l’administration du précompte ...

Essayons d’être négligent dans le labyrinthe institutionnel dans lequel nous nous débattons ... Ne remettons pas nos comptes à la tutelle, négligeons cette formalité : après tout, les artistes, c’est nous ... non ? Ce qui est proprement stupéfiant dans votre propos, c’est les a priori qu’il recouvre sur votre vision de l’artiste et sur sa nécessaire irresponsabilité sociale, confirmés par la déclaration de votre collègue Jacques Simonet un peu plus tard. L’ex et futur Ministre-Président de la Région Bruxelloise sur les ondes de la RTBF a exprimé l’idée forte suivante : « (...) celui qui n’accepte pas la rigueur du jeu politique devrait se consacrer à la plasticine, au piano ou à la danse classique ». Cela n’appelle même pas de commentaires, c’est simple, franc, direct...

Cela souligne l’absence de pensée et de réflexion dont a dramatiquement fait preuve la gestion brouillonne des trois Ministres successifs dont vous nous avez affligé. La confusion permanente entre commerce et culture, la fâcheuse habitude à considérer qu’il fallait tout au plus aider un secteur économique en difficulté passagère, l’absence de pensée sur le rôle identitaire et social de la création, etc. Puisque le bilan de ces années catastrophiques ne vous apparaît pas plus que l’existence du secteur de la Culture, nous allons vous aider à le dresser.

Vous en trouverez en annexe l’inventaire, pour notre seul domaine. Il était tout prêt, il devait servir de base à une rencontre avec notre ex-Ministre. Nous vous en souhaitons une bonne lecture, comme nous souhaitons vivement le discuter avec vous, sérieusement et en profondeur. Nous restons pour cela à votre entière disposition ainsi qu’à celle du Ministre fraîchement en charge du département, particulièrement si des actes devaient suivre cette discussion. Après tout, nous pourrions ne pas négliger notre devoir électoral.

Juan d'Oultremont, artiste - Mars 2004

Retour à la page d'accueil