Semaine du 20 au 26 septembre 2004

Texte de François Lemaire, publié dans la journal "Vers l'Avenir" ce samedi 25 septembre 2004


La rentrée politique 2004 : un peu de bienveillance et tout s'arrangera au Royaume.

Lorsque le nouveau ministre des Affaires étrangères déclare devant tous les ambassadeurs belges réunis qu'il voit bien dans un avenir proche, la Flandre et la Wallonie se faire représenter séparément auprès des institutions européennes, et que le JT de RTBF, tout en présentant un sujet sur cette conférence ne juge pas important de mentionner cette sortie, il y a de quoi se poser des questions sur l'intégrité intellectuelle de la rédaction.

Quelques jours plus tard, le ministre sortant Monsieur Louis Michel convoque en bon ordre toute la presse, et répète à quel journaliste doit l'entendre et le répéter son petit laïus calibré sur mesure, il ne s'en trouve pas un pour lui demander une réaction aux propos de son successeur.

Le bon saint Elio, au hasard de ses va-et-vient intellectuels sur l'avenir de la Wallonie affirme sans sourciller que la Flandre domine bel et bien la Belgique. Cette soumission affichée, en contradiction avec une autre phrase lâchée un peu plus haut, comme quoi "Les francophones ne sont pas des carpettes", illustre encore la stratégie des gestionnaires francophones : affirmer tout et son contraire, s'extraire de tout cartésianisme, disperser une épaisse fumée pour essayer de continuer discrètement leurs affaires. Voilà bien ce que cherche la classe politique, désormais incapable de donner l'illusion du débat démocratique, puisque présente à tous les niveaux de pouvoir. (C'est sans doute la raison pour laquelle on désire si ardemment recréer les conditions d'une opposition factice.)

Le petit père des Wallons n'avait démontré jusqu'à ce jour que son habileté à dissimuler l'incurie et le népotisme du parti socialiste par un discours lénifiant fait "dans l'intérêt de ses concitoyens", pour lesquels il se sent "comptable des deniers de l'Etat", et pour les plus faibles desquels il prétend oeuvrer, comme une dame patronnesse pour ses pauvres. Mais aujourd'hui, comme le mourant revenant sur les souvenirs de sa petite enfance, les ténors et fiers-à-bras de la politique belge n'ont plus comme ultime argument que la modestie de leurs origines pour convaincre les Wallons de venir encore une fois se faire marcher sur les pieds par l'ogre flamand dans une danse qui est en fait un étouffement sordide et sûrement pas une étreinte loyale.

Le centre humaniste qui s'est auto-proclamé arbitre, en vrac, de l'école, des droits fondamentaux et de la culture n'est pas en reste dans cette technique de manipulation médiatique. Le feu de brindilles obtenu en juin dernier grâce au marketing de masse ne parvient pas à cacher à qui veut bien se donner la peine de l'analyser, le contenu fumiste du discours de Joëlle Milquet sur l'enseignement, sur la démocratie et sur les médias de la Communauté française. Pas question d'aborder par exemple, l'indispensable fusion des réseaux, le déni de démocratie que représente l'absence de loi sur l'accès aux médias pendant les campagnes électorales ou les économies que l'on pourrait faire au profit de l'encadrement scolaire en remplaçant les cours de religion.

En fait, on en appel au dialogue social, à la démocratie, à la responsabilité citoyenne, à l'opinion publique, et quand des citoyens s'unissent pour déposer une liste électorale, on multiplie à l'infini les mesures vexatoires, contraignantes pour éviter qu'ils ne concurrencent les partis en place ou ne critiquent le régime autrement que par le biais de "cartes blanches" ou de courrier des lecteurs. Ils sont commodes, ces partenaires sociaux, ce monde associatif, ces observatoires, cette société civile qui ont en commun d'alimenter le débat politique à la petite cuillère, d'une bouillie prédigérée, sans intenter à la toute-puissance de la nomenklatura. Mais ils sont gênants ces citoyens suffisamment libres pour décider de briguer le pouvoir avec des moyens de fortune.

Ils sont gênants, mais ils ne sont pas prêts de se taire, vu la tournure que prennent les événements.

François Lemaire, RWF
Avenue Gai Soleil 11
1410 Waterloo


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