Semaine du 14 au 20 février 2005

«On ne fêtera pas les 200 ans»...
FRANCIS VAN de WOESTYNE
© La Libre Belgique 2005

Paul-Henry Gendebien, partisan du rattachement à la France, estime que cet anniversaire n'a guère de sens.

La déliquescence de la Belgique, dit-il, ne fera que s'accentuer. L'Etat flamand supplantera l'Etat belge.

ENTRETIEN

Paul-Henry Gendebien, président fondateur du RWF-RBF (Rassemblement Wallonie-France, Rassemblement Bruxelles-France) se montre particulièrement sceptique à l'égard de cet anniversaire.

Vous réjouissez-vous de fêter le 175e anniversaire de la Belgique?

Cette commémoration n'a guère de sens dès lors que la Belgique officielle a oublié les idéaux qui présidèrent à sa création en 1830. Voyez les arrêts du Conseil d'Etat du 23 décembre 2004, consacrant la légalité des circulaires flamandes: nous ne vivons plus dans un Etat de droit. A vrai dire, le 175e anniversaire de la Belgique et le 25e anniversaire du fédéralisme illustrent un double échec historique. Pour les tenants de l'unité belge, c'est l'échec de la tentative de créer, au travers d'une mythologie nationale belge plus ou moins fabriquée, un socle de valeurs communes fondatrices d'une nation. Pour les partisans du fédéralisme, il y a aussi échec. Celui-ci aura certes prolongé de quelques décennies la survie de l'Etat mais sans apporter de pacification communautaire durable. Ce fédéralisme bancal et générateur de nouveaux conflits n'aura fait illusion qu'un temps.

Bien entendu, le régime officiel belge saisira l'occasion pour organiser une mise en condition de l'opinion publique wallonne et bruxelloise. On voudra lui faire croire une fois encore que la Belgique et sa monarchie protègent la minorité francophone contre les excès de la majorité flamande. C'est pourquoi cette commémoration risque de devenir une simple opération de propagande. Elle échouera car, en dehors de quelques milieux restreints, on ne sent nullement une réelle adhésion populaire aux «réjouissances» programmées d'autant plus qu'elles sont tournées vers le passé et non vers l'avenir. Et pour cause !

Quel sera, selon vous, l'évolution de la Belgique?

L'espace commun (juridique, politique, culturel, etc.) qui associe encore les composantes de la Belgique continuera de se réduire comme peau de chagrin. Déjà, en coulisses, on prépare aujourd'hui de nouveaux dépeçages qui pourraient accompagner un hypothétique traitement du noeud gordien que constitue le dossier de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Inéluctablement, le jour se rapproche où un constat officiel sera établi, celui de l'impossibilité de définir un espace commun acceptable pour toutes les parties. Ce constat avait été établi sereinement par les Tchèques et les Slovaques en 1992. La suite est connue: une ultime négociation aboutira à une séparation à l'amiable.

Fêtera-t-on le 200e anniversaire?

La Belgique ne fêtera pas ses 200 ans. La nation flamande se prépare à accoucher d'un Etat, la République de Flandre. Or deux Etats (la Flandre et la Belgique) ne peuvent évidemment cohabiter sur un même territoire. Le plus faible s'effacera, à savoir la Belgique dont la déliquescence a déjà commencé. C'est pourquoi, il serait plus rationnel de préparer un autre avenir, plutôt que de regarder en arrière vers un mythique paradis perdu qui, de toute façon, ne ressuscitera plus.

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