Semaine du 28 novembre au 4 décembre. Le patronat flamand montre son vrai visage
La revue de presse de Pierre Bary
Lu dans "Le Soir" ce 2 décembre 2006
Di Rupo, le Roi-Soleil ?
Dans un entretien à l'hebdomadaire flamand Knack, Jean-Maurice Dehousse (PS) ex-ministre-président du gouvernement wallon, avertit les Flamands séduits par l'indépendance: "La Flandre devra payer le prix du divorce et discuter de la frontière linguistique". Et, au passage JMD carbonise DI Rupo et sa chasse aux "parvenus". "Les audits sur les logements sociaux sont effectués depuis 2002. Qu'a-t-il fait entre 2002 et 2005 ? Rien. Pendant trois ans il n'a rien fichu alors qu'il assumait la seule tâche de président de parti. Aujourd'hui, il cumule quatre fonctions. Même pour le Roi-Soleil Louis XIV, il n'y avait que 24 heures dans une journée".
La partition du pays
A.B. un lecteur du quotidien fait les remarques suivantes: "Et si au lieu de mourir de frousse devant la crainte de la sission de la Sécurité sociale, comme le ministre-président wallon ou de se mettre à plat ventre devant les Flamands pour quelques sous de plus, comme les "boutiquiers" bruxellois du PS, les "hommes" forts de francophonie relevaient le défi de démontrer qu'ils sont capables de s'en sortir seuls pour autant que les règles instaurées par le fédéral soient les mêmes pour tous. Pourraient-ils prouver, tous partis confondus, que les logements sociaux, Francorchamps, les cumuls abusifs... sont des "accidents" et qu'ils sont capables d'être, enfin, des bons gestionnaires ?
" La scission de la Sécurité sociale ne ferait plus peur; et Bruxelles ( à moins que ce ne soit Brussel) et la Wallonie seraient prêts pour l'acte suivant : la partition qui leur pend au nez."
En savoir plus sur la scission de la Belgique telle que proposée par "de Warande Groep"
Pour en savoir plus à ce sujet, voici une taduction de l'interview de Remi Vermeiren ex-patron de la très flamande KBC, interview qu'il a accordée au magazine "Knack". Ceux qui douteraient encore que la Flandre "qui décide" souhaite en finir avec la Belgique, devraient lire ce texte avec beaucoup d'attention.
La Belgique doit être fondamentalement réorganisée : un groupe d'hommes d'affaires et de professeurs d'université réunis autour de l'ex-patron de la KBC Remi Vermeiren estime que l'avenir de la Flandre passe uniquement par la scission immédiate du pays.
La Belgique n'est pas une bonne solution. Tel est le point de départ du Manifest voor een zelfstandig Vlaanderen in Europa ('Manifeste pour une Flandre indépendante en Europe) du groupe de réflexion In de Warande, fondé voici dix ans par l'ex-président du VEV René De Feyter et dirigé aujourd'hui par l'ex-banquier Remi Vermeiren. Le club compte des partisans bien connus de la sécession comme l'ancien journaliste Marc Platel, l'avocat Matthias Store et le président de l'Algemeen Nederlands Zangverbond Bruno Valkeniers mais aussi des personnes comme Johan Van Gompel, chef du service économique à la KBC.
Le manifeste énonce principalement les raisons pour lesquelles le pays devrait être scindé sans tarder en deux Etats indépendants. C'est-à-dire la Flandre et la Wallonie, car pour Bruxelles, il prévoit un statut spécial. Le document n'indique pas la clé de répartition qu'il faudrait appliquer pour partager notre gigantesque dette publique. Mais on y trouve énormément de données chiffrées - socio-économiques, démographiques, politiques - pour illustrer la thèse selon laquelle la Belgique ne représente 'aucune valeur ajoutée pour la Flandre'. Et n'en a en fait pas non plus pour la Wallonie, écrivent les auteurs, mais les Wallons ne le réalisent pas encore.
Parmi les signataires du manifeste figurent des noms connus des milieux d'affaires et du monde académique. Juul Hannes, par exemple, professeur émérite d'histoire économique et l'homme qui, sur base de plusieurs années de recherches, est arrivé à la conclusion que la Wallonie n'a jamais donné le moindre sou à la Flandre. Ou l'ancien haut diplomate Erik Suy, partisan notoire de l'indépendance flamande. Wilfried Dewachter (KU Leuven) et Jef Vuchelen (VUB), respectivement professeur émérite de sciences politiques et professeur d'économie, s'expriment aussi ouvertement en faveur de la scission du pays, tout comme Marc Coussement, vice-président de la Croix Rouge flamande. Mais, et c'est peut-être surprenant, on ne trouve pas de trace dans ce manifeste de personnages comme Freddy Van Gaever, homme d'affaires connu, nationaliste flamand et membre du Vlaams Belang.
Manifestement, le groupe de réflexion a voulu éviter que les opposants puissent trop aisément désavouer le manifeste comme étant un sous-produit du Vlaams Belang.
Le ton du texte est volontairement pragmatique.
REMI VERMEIREN: Nous avons voulu énoncer un certain nombre de données socio-économiques concernant la Flandre, Bruxelles et la Wallonie mais sans trop montrer du doigt les autres compatriotes.
Les chiffres sont-ils suffisamment éloquents ?
En fait, oui. Les différence sont devenues tellement gigantesques qu'une seule politique socio-économique - car le niveau fédéral est encore toujours très important en cette matière - ne se justifie plus.
Comparez cette situation à celle d'une entreprise dans laquelle le CEO veut en faire trop. Nous disons alors que son span of control est trop grand. En Belgique le span of politics est trop grand.
Pourquoi ne croyez-vous pas (ou plus) en un processus progressif de transfert de compétences aux Communautés et Régions ?
Cela fait déjà 35 ans que nous suivons cette voie et la réforme de l'Etat n'est toujours pas terminée, loin s'en faut. Et pour chaque pas vers une plus grande autonomie, la Flandre doit payer un prix élevé. De plus, les accords communautaires successifs ont abouti à une répartition entièrement chaotique des compétences et à un appareil étatique inefficace.
Ajoutez-y les énormes défis économiques auxquels la Flandre et la Wallonie sont confrontées aujourd'hui, la concurrence internationale est impitoyable. A présent, nous ne pouvons plus nous permettre le rythme lent des réformes, les institutions qui fonctionnent mal et les coûts élevés liés à la Belgique. Et nous nourrissons l'espoir, l'illusion direz-vous peut-être, que la Flandre et la Wallonie presteront mieux dans ces domaines en tant qu'Etats indépendants.
Dans une Wallonie indépendante, un plan Marshall aurait plus de chances de succès car la pression pour le faire réussir, serait plus importante. Une scission mettrait aussi un terme au déficit démocratique de la Belgique. Dans le système actuel, les électeurs wallons ne peuvent pas voter contre les politiciens flamands ni les Flamands contre les politiciens wallons, et la majorité flamande est fortement muselée.
Bref, beaucoup d'arguments plaident en faveur de l'indépendance. Des critiques objectent que les négociations sur l'indépendance dureront longtemps. C'est sans doute vrai mais sur la question essentielle, on peut assez vite se mettre d'accord comme j'ai pu le constater lorsque la Tchécoslovaquie a été séparée en deux. Le reste peut se régler à un stade ultérieur. Cinq ans après la scission, il restait encore toujours quelques affaires en suspens entre les banques centrales et les gouvernements de Tchéquie et de Slovaquie. Mais si l'on parvient à un accord, la situation sera acquise de façon définitive.
Les flux d'argent, les fameux transferts, de la Flandre vers Bruxelles et la Wallonie sont un autre argument en faveur de l'indépendance. Ils constituent une menace pour la prospérité de la Flandre, dites-vous.
Ces transferts constituent vraiment un handicap pour la Flandre. On pourrait à juste titre défendre l'idée qu'ils doivent cesser du jour au lendemain parce que la Flandre a elle-même besoin de moyens, par exemple, pour pouvoir supporter les frais liés au vieillissement de la population. Mais d'un autre côté, il n'y a pas de société qui ne soit jusqu'à un certain niveau solidaire des autres. C'est pourquoi nous proposons de mettre progressivement un terme à ces transferts, une sorte de tarissement étalé sur une période de dix ans.
Mais cela entraînerait néanmoins une baisse considérable du niveau de vie en Wallonie.
La Wallonie devra en effet consentir de sérieux efforts. Mais il faudra tout de même que cela arrive un jour. Sinon, la Wallonie restera dépendante de la Flandre - ce qui n'est tout de même pas une situation enviable - car ces transferts peuvent tout au plus permettre une sorte de redistribution des revenus mais pas un redressement économique. De plus, à la longue, ils risquent de pénaliser la Flandre et l'entraîner dans un déclin ; alors les transferts s'arrêteront de toute façon, simplement parce que la Flandre n'aura plus les moyens de les réaliser.
Dans notre manifeste, nous faisons référence à l'Irlande et à la Slovaquie. Je sais fort bien qu'on ne peut pas transposer une recette économique déterminée n'importe où mais ces pays fournissent la preuve qu'en prenant les bonnes mesures, il est possible de provoquer un puissant revirement économique en peu de temps.
Le montant exact des transferts n'est pas connu. Vous parlez de plus de dix milliards d'euros en 2003, ce qui est nettement plus que d'autres montants souvent cités.
C'est parce que nous prenons aussi en compte les paiements d'intérêts sur la dette publique. Bien souvent, on omet de les comptabiliser alors qu'ils représentent tout de même un montant substantiel. Pour ce qui est des autres transferts, via la sécurité sociale, via le financement des Régions et via le budget fédéral, nous avons simplement repris les chiffres de l'administration flamande. Il y a d'ailleurs une constante dans la discussion sur les transferts. Chaque fois que de nouveaux chiffres sont publiés, la somme totale des transferts après révision des calculs, doit être corrigée vers le haut.
Mais pour moi, le montant précis est sans importance. Qu'il s'agisse de dix, de huit ou de onze milliards, cela ne change pas grand-chose à mes yeux. Le fond de l'affaire est que ces transferts sont contre-productifs, qu'ils manquent totalement de transparence et pèsent trop lourd pour la Flandre. La solidarité est un bien précieux mais ici, ça dépasse les bornes. Cela permet à la Wallonie de tolérer un taux de chômage de 20 % plus encore 10 % de chômage déguisé par le biais d'emplois excédentaires dans les services publics. De plus, la Wallonie ne gère pas toujours judicieusement les moyens transférés.
On peut aussi lire votre manifeste comme un plaidoyer pour une politique économique plus libérale. Comme cela s'avère impossible à réaliser en Belgique, il faudra que cela se passe dans une Flandre indépendante.
Nous sommes convaincus que la Flandre gérera mieux son économie parce que la politique sera mieux adaptée aux besoins de la Région. Et nous plaidons pour que l'on réduise la pression fiscale et les charges sur le travail. De ce point de vue, les auteurs du manifeste sont en effet partisans d'un climat économique plus néo-libéral.
Et puis, il y a l'éternel problème de Bruxelles. Vous aussi vous y êtes empêtrés. Dans votre proposition, Bruxelles est encore toujours la capitale de la Flandre bien qu'elle ne soit pas incorporée à la Flandre et que la possibilité d'en faire un district européen soit maintenue. Vous ne trouvez pas que c'est un peu vague ?
Bruxelles est une question délicate pour les Flamands. Je suis le premier à admettre que notre chapitre sur Bruxelles n'est pas clos. Mais nous essayons en tout cas de tenir compte du fait que Bruxelles a son identité propre et laissons encore l'administration locale jouer un grand rôle. D'autre part, Bruxelles a besoin de l'aide de la Flandre, ne fût-ce que pour remplir son rôle international. Aujourd'hui, à cause de la complexité de sa structure, Bruxelles n'a ni le temps ni les moyens pour le faire. Et nous faisons donc référence à Washington DC, une ville qui est gérée par un conseil de 13 personnes et non par 89 parlementaires, 19 bourgmestres et 19 collèges échevinaux.
Mais pourquoi ne renoncez-vous pas tout simplement à Bruxelles ? Cela rendrait votre scénario de scission déjà un rien plus réaliste.
La relation entre la Flandre et Bruxelles est mauvaise actuellement mais nous espérons que l'entente avec une Flandre indépendante prendra une toute autre forme. D'aucuns incitent à renoncer à Bruxelles en prétextant que c'est une ville francophone, multiculturelle où les Flamands ne sont pas les bienvenus. Peut-être en est-il ainsi mais cette idée passe mal dans le groupe de réflexion. Bruxelles est la capitale de la Flandre et nous ne voulons pas la lâcher aussi facilement que ça.
Autre problème : vous ne trouverez jamais une majorité en faveur de vos projets d'indépendance. Ni auprès de la population, ni auprès des partis politiques.
Si l'idée d'une Flandre indépendante était politiquement réalisable, ce manifeste ne serait pas non plus nécessaire. Notre groupe de réflexion se veut apolitique et essaie d'approcher d'une manière pragmatique l'idée d'une Flandre indépendante - une idée qui a au moins le mérite d'être claire bien qu'il puisse y avoir des divergence d'opinion au sujet de Bruxelles. En d'autres termes, nous voulons faire en sorte que l'idée de l'indépendance puisse être discutée ; nous souhaitons la dégager du contexte négatif qui entoure généralement le terme séparatisme.
Au niveau politique, la discussion concernant l'indépendance flamande est dominée par un seul parti, le Vlaams Belang. Dans le manifeste, vous semblez vouloir garder vos distances à l'égard de ce parti, notamment lorsque dans votre 'mission pour la Flandre', vous qualifiez expressément d'enrichissement la présence d'autres cultures.
Cela n'a pourtant pas été fait de façon aussi consciente. Le groupe de réflexion comprend des hommes d'affaires et le ton sobre et prosaïque du manifeste résulte en premier lieu de leur présence. Nous avons volontairement évité un langage agressif. Sinon on ne vous écoute pas. Mais nous n'avons donc pas tout mis en œuvre pour éviter d'être associé au parti politique auquel vous faites allusion. Nous n'avons absolument pas fait ça.
Des méchantes langues vous placent parfois dans le coin du Vlaams Belang.
Laissez-les faire, laissez-vous dire. Mais si vous êtes convaincu que l'indépendance est une bonne chose pour les deux Régions, ce serait tout de même manquer de courage que de ne pas s'exprimer ouvertement à ce sujet, par crainte d'être mis dans le même sac qu'un parti politique autour duquel on a placé, à tort ou à raison, un cordon sanitaire. Certaines personnes n'ont pas voulu signer le manifeste pour cette raison, ce que je trouve dommage car ainsi, on laisse précisément le champ libre au Vlaams Belang.
J'espère en tout cas que la liste des signataires offre suffisamment de garanties pour que le manifeste ne soit pas d'emblée disqualifié comme ayant un lien avec le Vlaams Belang.
La séparation du pays est une solution radicale mais dans un certain sens, aussi inévitable, suggérez-vous à la fin du manifeste. Et vous concluez par une formule de Margaret Thatcher : 'If it's inevitable, bring it forward'.
Vu le nombre croissant de compétences européennes d'une part, et de compétences régionales d'autre part, il ne reste en fin de compte plus tant que ça de la Belgique. Nous disons donc : si on s'oriente de toute façon inévitablement dans cette direction, bon sang, faisons-le directement. Egalement en raison des différences économiques croissantes entre les deux parties du pays.
Qu'est-ce qui tient encore la Belgique ensemble ?
Principalement des arguments sentimentaux. La majorité des Flamands n'est pas acquise à l'indépendance mais cette réticence est sans nul doute liée à la crainte de l'inconnu.
Il y a naturellement encore l'establishment belge, les avantages financiers de la structure étatique belge pour la Wallonie et puis encore, certaines organisations de milieu de terrain comme les syndicats. La solidarité est leur core business et ils ne veulent donc rien savoir d'une éventuelle scission de la sécurité sociale. Mais les syndicats sont-ils bien honnêtes vis-à-vis de leurs membres et sont-ils tellement certains que les charges qu'impliquent les problèmes de la Wallonie, reposent sur les bonnes épaules ? Via la sécurité sociale, elles pèsent en effet très lourdement sur les épaules des travailleurs flamands. Et on peut tout de même aussi se demander à quel point une politique est sociale quand elle accepte 20 % de chômeurs.
Quel est le soutien dont bénéficie l'idée d'une Flandre indépendante dans le monde des affaires ?
Je peux difficilement en dire quelque chose en termes généraux. Un nombre surprenant de personnes s'avère favorable à l'idée bien qu'il y en ait naturellement aussi qui considèrent que ceci va trop loin. Et puis, il y a un grand groupe de personnes qui ne se prononcent pas. Elles éprouvent bien une attirance pour cette idée mais craignent que leur image et leurs affaires en souffrent.
Manifest voor een zelfstandig Vlaanderen in Europa, édité par Denkgroep In de Warande, rue Zinner 1, 1000 Bruxelles, 252 p.
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