L'actualité tout d'abord.
La rentrée politique devait être consacrée à la Wallonie. Et elle l'a été ! Pas de la manière que certains espéraient. Elle devait être le triomphe du PS et du CDH qui allaient nous jouer le grand air du "Plan Marshall.
Au lieu de ça, nous avons assisté - et ce n'est qu'un début - à un grand déballage de scandales divers. Le logement social, Francorchamps (où on a ainsi appris en passant que les frères Happart (les Dupons & Dupons - du verbe "duper"de la politique belge !) on des points communs avec le prince Philippe, lui aussi, lui aussi signe des documents sans lire, même en Français... Après Lizin, les sanitaires d'Arena, l'utilisation des fonds de la Communauté française à des fins partisanes, j'en passe, ça commence à faire beaucoup.
On a aussi vu que le bluff du plan Marshall se dégonfle à toute allure, les 250 millions par an pour toute la Wallonie étant bien inférieur à ce que l'union Européenne investi chaque année (avec quel résultat ?) dans le seul Hainaut. Mal préparé, mal conçu, critiqué par l’UE et le Conseil d’Etat, il a déjà été revu il ne peut que décevoir. Mais, on n’a que ça… Alors, grâce à lui, Arena apprend la flamand.
Di Rupo, son concepteur, a quand même atteint un objectif qui convient à son ego puisque désormais tout tourne autour de lui. Les autres partis traditionnels sont déboussolés. Antoine roule des mécaniques, jouant ainsi au « Sarkozi » du pauvre…
Si Di Rupo se pavane, il est pourtant en train de perdre son pari de rénovation du PS.
Ce parti oscille entre un discours de type « lutte des classes » et un engagement de type « social-libéral » (ce que P.-H. Gendebien avait qualifié avec humour de « blairisme borain »).
Situation inconfortable entre ses liens liés aux intérêts de son électorat et son engagement en faveur de valeurs à la mode comme l’augmentation de la propriété et la valorisation du capital au détriment de celle du travail. Ceci expliquant probablement la distance qui s’est installée entre le PS et la FGTB.
Intéressant de constater que la situation est toute différente en Flandre où le SP-A ayant moins de capacité historique et effective à encadrer la population défend davantage des valeurs morales que des intérêts particuliers.
C’est qu’en principe, une rénovation se situe au niveau des valeurs. Or, la rénovation du PS est plutôt d’ordre organisationnelle. On ne parle pas d’orientation politique, pas davantage d’identité wallonne, d’idées politiques. Quelle différence avec ce qui s’est passé en France par exemple.
Non, ici pas de réflexion sur le fond mais bien sur la forme : comment se comporter en politique, quelle éthique afficher, etc … Bref, une rénovation de façade.
C’est que le PS, aux affaires depuis près de vingt ans, occupe de nombreux postes et fonctions. Que tous les cadres du parti sont impliqués dans la gestion des différents niveaux de l’Etat. Et que si le PS se retrouve un jour dans l’opposition, ces mêmes cadres retrouveront une position de contrôle au sein des administrations qu’ils ont colonisées dans le cadre de la politique de lotissement partisan des administrations publiques. Comment imaginer qu’ils vont même penser abandonner ces acquis ?
C’est aussi que le PS contrôle les choix de nombreux électeurs par le biais du « M’fisme ». Qu'est-ce que c'est que ça ? Le « M’fisme » pour ceux qui l’ignoreraient, c’est une forme de violence politique dissimulée sous un populisme patelin qu’on peut découvrir un peu partout sous forme de menace à l’emploi, au logement. Une coercition discrète mais terriblement efficace. Un exemple ? « M'fi, si tu viens sur not’ liss’, ta fille sera nommée institutriss’ » ou, « M’fi, tu fais ce que tu veux, main si tu vas sur la liss’ du RWF, tu peux t’ brosser pour avoir ta promotion »…
C’est aussi que Guy Spitaels avait raison de dire que le parti socialiste est d’abord un parti conservateur avant d’être un parti réformiste. Qu’il l’ait dit à propos de la volonté de conserver le système de sécurité sociale ne change rien à la justesse de l’observation. Les vingt dernières années ont montré que même sur ce terrain, le PS évolue vers une marchandisation des revenus du travail, que se soit en matière des soins de santé ou de pension de retraite où il a ouvert la porte aux pensions complémentaires au détriment de la pension légale qui ne représente plus que 31 % du salaire moyen.
C’est aussi qu’il n’y a pas de débat à l’intérieur du PS. Di Rupo utilise volontiers et fort habilement un discours de gauche tout en menant une politique néolibérale poussant à la vente au privé et à bas prix des entreprises et services publics appartenant à la collectivité et aux patrimoines constitués grâce aux subventions accordées par l’Etat. La poste en est le dernier exemple. Nous expropriant de fait et aussi les générations futures pour, officiellement, équilibrer le budget de l’Etat.
C’est aussi qu’après avoir absorbé une grosse partie du mouvement wallon, le PS (à part quelques opportunistes comme Van Cau ou Collignon) est redevenu celui de Leburton, ultra belgicain. Le redressement de la Wallonie, c’est pour sauver la Belgique !
Se rendant compte de l’impossibilité du défi de la rénovation et de son isolement au milieu des "barons", Di Rupo n’a pu trouver aucune personne de confiance ayant suffisamment d’envergure pour reprendre la fonction de Ministre président de la Région wallonne (ce qui est significatif !) - il a bien poussé en avant quelques jeunes cadres qui lui sont dévoués. Mais sans légitimité démocratique, ils pèsent de peu de poids face à ceux qu’il appelle les « parvenus ».
Pour ces derniers, Il semble pourtant bien avoir trouvé un moyen de faire évoluer les choses. C’est le recours à la Justice en favorisant la divulgation des abus. Ne pouvant faire de « révolution culturelle », ne pouvant imposer ses jeunes cadres, le renouvellement se fera donc au travers de procédures judiciaires, sortes de « procès de Moscou » destinés à écarter tous ceux qui le gênent.
Si rénovation il y a, elle n’est donc pas idéologique, ni vraiment culturelle. Ni surtout éthique.
Les autres partis suivent... dans son ombre. Existent-ils encore ? Nous sommes entrés de fait dans un régime de parti unique.
Quoi d'autre ?
Passons rapidement sur le message royal, moment comique essentiellement consacré à dire que les belges rejettent le séparatisme, puisqu'ils auraient massivement participé aux festivités barnumesques et souvent ridicules du 175 virgule 25.
L'événement politique et médiatique majeur de la rentrée en Belgique, c'est Johnny Hallyday qui demande la nationalité belge. Au grand bonheur des belgicains qui ne perdent jamais l'occasion de dénigrer la France. C'est que Johnny est bien conseillé, lui. C'est l'artiste qui a eu les revenus les plus importants en 2005. Il lui était possible d'échapper à l'ISF, l'impôt sur la fortune, qui frappe les français très riches en installant son domicile officiel en Belgique qui est devenue un paradis fiscal pour eux. Gourmand, le gaillard sait qu'avec la nationalité belge, il pourra s'installer à Monaco où il n'aura pas d'impôts à payer.
Et pendant ce temps là, les Flamands, eux, avancent leurs pions.
Les milieux économiques flamands on publié un manifeste réclamant l’indépendance de la Flandre, nul doute que les politiques suivront, ils sont enfin dédouanés !
Vande Lanotte : "Régionalisons l’emploi !", affichait la Une du Soir d'hier Le Président du SP.A propose de communautariser les politiques de l'emploi tout en annonçant « que la répartition de l’argent entre Régions reste basée sur un système de solidarité fédéral » (on sait ce qu'il faut en penser...). Les Régions ne connaissent pas les mêmes problèmes d’emplois, elles doivent chacune les gérer aux mieux et de manière indépendante (là, je suis d'accord). Par contre, Il ne demande pas de régionaliser les soins de santé, et donc la sécu... Précisant habilement : « Je ne veux pas scinder la Sécu. Je n'ai aucun sentiment flamand ni belge. »
Vraiment très habile de sa part ! Sur la forme et le fond.
Tout d'abord, pourquoi ne pas avoir eu ce type d'attitude lorsqu'il était au gouvernement ? Il est un des principaux concepteurs du "pacte entre les générations dont les effets pervers sur l'emploi en Wallonie ne se feront pas attendre. Il sait que le "Pacte entre les générations" engage les signataires sur plusieurs années, la proposition ne l'engage donc pas, lui, à grand chose. Une fois de plus, la Flandre s'est servie (et bien servie).
Ensuite, en proposant de ne pas toucher aux soins de santé, il prépare l'ouverture d'un grand débat sur la sécu en se montrant généreux. Hors soins de santé (et encore !), il sait parfaitement que les grands bénéficiaires de la sécu sont... les Flamands ! A l'heure actuelle, l'essentiel des pré pensionnés (68 % et souvent des "Canada dry") sont en Flandre. En 2030, au plus fort du "papy boom", les + de 65 ans représenteront 43,7% des Flamands contre 38,5 % des Wallons. Les dépenses de sécu y afférentes aussi. Dans son esprit, les Wallons paieront donc à l'avenir les pensions des Flamands, comme ils en ont financé dans le passé les allocations familiales.
Bien joué donc. On a bien raison de dire que Vande Lanotte est un des hommes politiques les plus intelligents de Flandre.
Dans le même temps, Yves Leterme invite les Wallons à venir travailler en Flandre. Il signale que des postes pour personnes peu qualifiées sont vacants : l'électricité, la métallurgie... Ce sont souvent des citoyens des pays de l'est qui sont recrutés ou des Français. Il insiste sur le fait qu'une convention du fédéral avec la France permet des conditions d'embauche plus favorables pour ces travailleurs. Jean-Claude Marcourt, le ministre wallon de l'emploi, ira-t-il jusqu'à signer une convention de ce type ? Confirmant par là que nous sommes bien dans une logique de deux Etats ? Ce qui n'est pas à en douter le message caché d'Yves Leterme... Pas bête non plus.
En Brabant wallon ?
Les élections provinciales approchant, nul doute que nous allons entendre les partis traditionnels vanter leurs propres mérites. Pensez donc, la province la plus riche de Wallonie. Ils ne vous diront pas que nous vivons sur notre réputation. En 2005, 11% de la population était à la recherche d'un travail. Même si c'est encore largement en dessous de la moyenne wallonne (18 %), ce nombre augmente régulièrement. De 13 500 en 2002, les demandeurs d'emploi inoccupés sont passés à plus de 18 000 en 2005.
Nous encaissons mieux que les autres. La proximité de la Région de Bruxelles qui concentre beaucoup d’emplois dans les services nous aide encore. Heureusement, mais pour combien de temps ?
Et il n'y a pas que ça. Qui d'autre que nous dénonce la flamandisation rampante de nos villes et villages ? Qui critique la politique de renoncement à notre culture que sont les multiplications des classes d'immersion ou on apprend la "langue des maîtres" à nos enfants tout en diminuant le chômage des enseignants… flamands. Qui dénonce les nuisances dues aux détournements des avions sur le Brabant wallon ? J'en passe, peut-être en parlerons-nous tout à l'heure.
On le voit, nous sommes dans une fin de régime avec la multiplication des affaires et des dysfonctionnements et le plus malins, ceux qui ont un vrai projet d’avenir et le pouvoir se servent avant la fin.
Et nous dans tout ça ?
Vous savez qu'il y a eu des problèmes dans les banlieues en France. La proximité des élections présidentielles va inciter les partis à faire assaut de rivalité pour dénoncer, soit ce qui ne va pas à cause de la majorité actuelle, soit ce qui irait encore plus mal avec une autre majorité. Bref, période difficile. La France doute. Malgré les commentaires des observateurs qui estiment qu'elle reste le pays européen qui s'en sort le mieux comme le montrait encore dernièrement le Financial times.
Il est banal aussi de dire que l’Europe va mal. Que la construction européenne est en panne. Et c’est vrai. L’Euro, à défaut de remplir nos poches, n’a pas non plus rempli tous les espoirs qu’on avait mis en lui. Il n’y a pas de Constitution. L’économie ne redémarre pas vraiment. L’Europe sociale n’avance pas, au contraire. Les services publics sont démantelés. Le déficit démocratique augmente. Les égoïsmes nationaux mènent la danse. Les Etats nationaux se cherchent un sens, une identité.
On peut dire la même chose de la Wallonie. Le récent rapport statistique du Conseil Economique & Social RW « Regards sur la Wallonie 2005 », montre que nous nous classons fort mal par rapport aux régions européennes anciennement industrielles comparables. C’est que la régionalisation a été obtenue - trop tard et trop lentement - les intérêts des francophones de Belgique en général et des Wallons en particulier n'étant pas ou plus défendus dans la Belgique unitaire dirigée par la Flandre et pour la Flandre. Les partis traditionnels ayant fini par s’y résoudre à contre cœur. Depuis, à côté de trop rares réussites ponctuelles, les dirigeants de la Wallonie n’ont pas su - ou n’ont pas voulu ? - éradiquer les vices de fonctionnement de la Belgique. Ils les ont reproduits, ils les ont amplifiés, ils les ont aggravés. Lotissement partisan de la fonction publique ; clientélisme ; saupoudrage intense des crédits et des subventions (plan Marshall ou pas) ; confusion totale entre partis et administrations ; suprématie des présidents de partis sur les gouvernements ; désintérêt, voire dérision, à l’égard de l’identité wallonne et de la politique culturelle, etc..
L'Etat wallon est en train de nous prouver une chose : il enfonce les Wallons plutôt qu'il ne les libère. La Wallonie dans l’Etat belge ou dans ce qui lui succédera semble bien être condamnée à une sorte de « provincialisation » sans issue. Or, elle mérite beaucoup mieux.
Il faut un sursaut, un choc psychologique. En Europe, comme en Wallonie. Partout.Nous Wallons, et nous seuls je pense, pouvons le provoquer. C’est aussi la raison d’être du RWF.
On peut aisément prévoir que la demande de réunion de la Wallonie à la France serait un choc culturel (une surprise) énorme pour la majorité des Français.
Quoi ? Une région européenne évoluée souhaite être réunie à la France ? Quelle découverte inouïe !
Malgré les difficultés, les débats de société, la crise des banlieues, les querelles politiques, les doutes, l’autocritique permanente quand ce n’est pas du dénigrement, la société française s’apercevant tout à coup qu’elle fait encore et toujours rêver ! Qu’elle peut encore être attirante.
Quel coup de fouet au moral ! Quel choc ! Quel élan pour un des principaux pays moteurs de la construction européenne.
En provoquant la réunion, nous pouvons changer l’Histoire. Rendre la confiance à la France et ainsi remettre l’Europe en marche. Excusez-moi du peu !
Pour en arriver là, nous devons répondre aux questions auxquelles nous sommes tous confrontés. En voici :
D’abord, est-ce possible ? Les Français voudront-ils de nous ? Nous sommes si différents !
Rappelons-nous simplement l’émotion et l’élan d’enthousiasme qui a traversé toute la société française, lorsque en février 1976, la population de la petite île de Mayotte (160000 habitants) se prononça par référendum à une très large majorité pour son maintien dans l'ensemble français avec le statut provisoire de collectivité spéciale. Statut qui lui fut accordé malgré un casse-tête politique, juridique, culturel et… linguistique fort complexe : faire entrer dans le droit commun français une société de structure musulmane (ce sont des Cadis, sorte de chefs religieux coutumiers qui rendent la justice), société minoritairement de langue française, en plus (90 % ne parlaient pas français).
Malgré une résolution de l'ONU contre la position de la France !
Rien de tout ça pour nous. Notre société, notre culture, notre droit et notre organisation sociale sont superposables à la société française, à quelques détails tout à fait mineurs près.
C'est que la France est incroyablement hétérogène comme l'a montré une étude publiée en mai dernier dans l'Express. Disons simplement que si la France reste aussi diverse, c'est que, à la différence de l'Allemagne, de l'Italie ou du Japon, elle réunit des régions fondamentalement différentes. Le démographe Hervé Le Bras, auteur, notamment, de L'Invention de la France souligne que «La France n'est pas une nation comme les autres: elle ne rassemble pas un peuple, mais cent. Elle est la rencontre d'au moins trois civilisations: l'Ouest celtique, l'Est germanique et le Midi romain.» C’est la géographie qui en a décidé ainsi: la France est un isthme, un point de passage à de multiples tribus, comme l'a montré le grand historien Fernand Braudel. Elle a réussi son unité politique. Mais les mentalités, elles, sont restées rebelles : on ne pense pas - et on ne consomme pas - de la même manière à Reims et à Bordeaux, à Montpellier et à Caen. L’exemple le plus classique concerne les cuisines au beurre (au Nord de la Loire) ou à l’huile (au Sud) !
Les Wallons et les Bruxellois francophones y trouveront tout naturellement leur place.
Ensuite, n’y serions-nous pas une région de seconde zone ?
Je ne sais pas ce qu’on appelle région de seconde zone, je ne pense pas que ce terme existe en France. On cite souvent, en Belgique surtout et presque uniquement, la Corse comme région « à problèmes », avec des velléités séparatistes etc… Ce que je sais c’est que je préférerais être Corse en France que Wallon en Belgique !
Non, nous ne serions certainement pas une région de seconde zone. La France qui n’est plus un Etat centralisé, a une forte tradition de solidarité. Rien de comparable avec ce que nous vivons. A-t-on déjà entendu un politique breton dire : « plus un centime pour l'acier lorrain » ? Un Charentais se plaindre parce que ses impôts paieraient une voiture neuve tous les 4 ans aux « fainéants » du Pas-de-Calais ?
Enfin, il y a belle lurette que, comme chez nous, les blagues sur les blondes ont remplacé les blagues belges…
Ce choix fort. Ce choix courageux. Ce choix, qui paraît fou, mais qui est si raisonnable, serait un choix gagnant pour tous.
Nous y gagnerons en solidarité et donc en prospérité, en reconnaissance et en identité aussi.
La France retrouvant la fierté, y gagnera en territoire, population, et surtout en poids politique et identité nationale.
L’Europe, elle, retrouvera un moteur puissant dans un Etat français qui aura retrouvé l’envie de croire en son destin.
Nous Wallons, pouvons changer l’Histoire. Influencer le destin de l’Europe. Pensons-y ! Voilà une vision politique positive, voilà un message fort.
La France a besoin de nous ! Quelle belle raison de soutenir le RWF !
Claude Thayse, Président du RWF - 24 janvier 2006
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